note

Note d’ intention, par Jean-Claude Janer (2008)

Jean-Claude

Jean-Claude

Dans « Les Nuits de Sister Welsh », il y a 3 femmes, 3 mondes, 3 vies.
En numérologie, le chiffre 3 symbolise le choix, le guide et l’ordre social.

Chez Freud, il désigne un fort symbole sexuel.
Dans la nature, il représente la vie à travers la naissance, la croissance et la mort.
Il me semble logique d’appréhender la mise en scène du film autour de ce chiffre là.

3 Mouvements

Emma
La caméra portée à l’épaule qui la suit de face, qui peut panoter brusquement, qui peut trembler, se heurter au monde. C’est la vie brutale, réelle qui agresse tant Emma. Filmer avec âpreté le quotidien.

Catherine
Une caméra fixe, sans aucun mouvement d’appareil, comme la vie figée, extatique de Catherine. Un refus de toute circulation des désirs et des sentiments mais une exaltation névrosée du sadisme et du ressentiment.
La caméra ne doit retenir que la sublimation morbide et dominatrice qu’irradient le corps, l’esprit de Catherine.
Son univers sera restitué (celui de son mari et de sa fille aussi) par la photogénie glacée d’une amazone au cœur de pierre.

Sister Welsh
De longs travellings, des transparences volontairement factices et irréelles poursuivent Sister Welsh dans sa route passionnée. Beaucoup de souplesse, de mouvements baroques, d’ondulations naïves car Sister Welsh croit aux virages qui changent les vies, aux fils d’or qui relient les amoureux.

3 Lumières. 3 Décors. 3 Costumes

Le Lycée d’Emma, les rues de Paris
La lumière froide des néons, l’éclat jaune des réverbères dans la nuit, les ampoules nues, sans abat-jours.

Chambre neutre d’Emma avec juste des posters et des livres de poches. Pourtant dans sa chambre, il y a un miroir. Et à travers ce miroir, Emma se regarde et se parle, comme le font parfois les enfants. Trucage de bout de ficelle, à la Meliès.

Emma parle aussi à un satellite perdu dans l’espace. C’est le père disparu qui la surveille et qui guide ses pas. Vision magnifiée et intemporelle. Pas de stock-shots granuleux de la Nasa, pas de planisphère de chez Google Earth mais un système solaire à la Jean-Christophe Averty.

Trucages qui se refusent à toute 3D, à toute nouvelle technologie de pointe. EMMA fait des rêves en carton-pâte et voit des paysages en diapositives du temps de l’ORTF dans les studios des Buttes-Chaumont aujourd’hui disparus.

Emma s’habille « majorité silencieuse » anoraks bleu-marine, joggings à capuche, mais dans ses autres vies, elle se rattrape.

Rue du Colisée. Rue Copernic
Du matin au soir, une lumière étudiée baigne le corps de Catherine. Les plus grands chef-opérateurs se relaient non-stop pour éclairer ses moindres faits et gestes. Les plus grands designers, les plus grands stylistes l’entourent avec crainte et dévotion.

Tout est parfait. De son peignoir en crêpe de Chine à sa tenue d’amazone en lycra sanglée de lanières métalliques, de son salon art-déco à sa salle des tortures, rue Copernic, tout près des ambassades.

Oui, tout est parfait et tout est cauchemar.

Plymouth
Couleurs sépia. Du brun, du rouge. Du contraste. De l’ombre et de la lumière.

Les intérieurs sont hostiles et austères, réfectoires, cachots, tout ce qui emprisonne les élans de Sister Welsh. Les extérieurs, eux, sont chichement grandioses, pleins de violentes bourrasques de vents grâce à des machinos fatigués qui agitent hors champ des panneaux en contreplaqué, de vagues qui ondoient, découpées aux ciseaux et de caravelles en carton qui font le tour du monde. Univers tant aimé par feux Maritie et Gilbert Carpentier.

Sister Welsh a brûlé son uniforme de nonne pour une ancienne robe blanche, du temps où elle était adolescente, du temps où elle avait l’âge d’Emma, du temps où Catherine, jeune, croyait en l’amour.

3 rôles

•Une jeune fille passionnée jouera Emma. Louise Blachère (La Naissance des pieuvres) a lu et aimé le scénario.

•Une seule et même comédienne, Anne Brochet, jouera et Catherine et Sister Welsh. Pour le plaisir excitant de voir une actrice se fragmenter sous nos yeux, jouer un « Double-jeu ». Pour donner aussi une logique inconsciente aux projections d’Emma. Catherine et Sister Welsh ne sont bien qu’une seule et même femme.

3 conclusions

• Il conviendra d’harmoniser les 3 parties entre elles, adoucir certains contours, certaines transitions, établir des passerelles entre ces 3 mondes.
Accorder de l’aléatoire, de la liberté, à une stylisation trop volontairement maîtrisée.
Oublier donc, parfois, le chiffre 3.

Univers d'Emma (Davia Martelli, Louise Blachère)

Univers d'Emma (Davia Martelli, Louise Blachère)

Univers Catherine (François Négret, Anne Borchet, Louise Blachère)

Univers Catherine (François Négret, Anne Borchet, Louise Blachère)

Sister Welsh (Anne Brochet)

Sister Welsh (Anne Brochet)

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